vendredi 13 octobre 2017

Le Semainier tombé du Ciel

 Où l'administration a ses raisons que la Raison ignore...



Bonsoir à tous,




Vous vous étonnerez sans doute que le mot d'accompagnement soit d'une brièveté (toute relative) ce soir, mais à cela, il y a une raison fort simple, dont je m'en vais vous entretenir instamment.

Que les âmes sensibles et impressionnables soient toutefois prévenues : en plus du planning de la semaine prochaine ci-joint, ce message d'accompagnement lèvera le voile sur certaines vérités indicibles qui gagneraient à rester ignorées des honnêtes gens.


Ainsi donc, les plus calés en d'entre vous en littérature anglophone connaissent peut-être l'oeuvre d'Howard Philips Lovecraft, écrivain américain du siècle dernier qui a révolutionné le genre Fantastique avec ses histoires de créatures abominables, indescriptibles, toutes en tentacules, en yeux innombrables  et en pattes arachnides (un peu comme celles qu'on voit du côté des champs Monsanto. Sauf que ça, ce sont des vaches...) ; des êtres mauvais, des dieux anciens, terrés dans les ténèbres au plus profond des ténèbres, qui tentent d'envahir notre monde en se glissant subrepticement dans les failles qui séparent les dimensions, ou qui attendent leur heure (comme tout fonctionnaire qui se respecte, leur heure étant 17h15) au sommet de palais incompréhensibles,  étendus dans tellement de directions que l'esprit humain ne peut supporter leur vue sans sombrer dans la folie (ça marche aussi avec les émissions de Cyril Hanouna, mais ça a moins d'allure).

Et bien qu'on se le tienne pour dit !

Travailler dans l'administration, c'est à peu près pareil (et à plus forte raison quand on essaie de trouver une info sur le site de l'académie, qui s'étend lui aussi dans toutes les directions - mais vraisemblablement jamais la bonne)
.
Parce que s'il y a bien une profession qu'on peut qualifier de "non-euclidienne", c'est celle de secrétaire administratif ; et les horreurs tapies sous le tapis ne sont que peu de choses face à la menace très concrète d'une nouvelle circulaire ou d'un imprimé abscons rédigé dans une langue pédagogique inconnue.


Il paraît que si on lit trois fois de suite la lettre d'information référencée BZX 1987775-24 à voix haute devant un miroir sous les coups de minuit, on invoque une nouvelle réforme.


Flippant.


C'est certain : le père Lovecraft aurait adoré ce job. Et il aurait sans doute réévalué son échelle de la peur en conséquence.

Les tentacules, c'est bien. Les trombones, c'est mieux. Ou pire. Tout dépend de quel point de vue de la réalité on se place.


C'est donc pour préserver le peu de santé mentale qu'il me reste que je m'en retourne prématurément dans mes pénates, où j'essaierai de me convaincre que tout ça n'est qu'un rêve et que je suis un papillon.



Vous souhaitant un week-end sain dans un corps sain,



Bien cordialement,


--


Le secrétaire de direction

lundi 9 octobre 2017

Un seul cahier de réservation de salle vous manque...

Bonjour à tous,




C'est avec beaucoup d'inquiétude que nous lançons cet appel à témoin car à ce jour (c'est-à-dire lundi. Suivez, un peu), nous sommes toujours sans nouvelles du petit Cahier-de-Réservation-de-la-salle-Informatique-du-Bâtiment-A (qu'entre nous, nous appelions affectueusement "Bob" pour plus de commodité).


Il venait de fêter ses quatre ans d'existence et il aspirait à devenir Super Conquérant, ou Clairefontaine plus tard.


Apprécié de tous, il savait faire oublier un caractère un peu rugueux en surface (ne jugez pas un cahier à sa couverture, dit-on), pour dévoiler une vraie douceur au niveau de la texture de son papier à l'intérieur.


Disparu depuis vendredi, il manque énormément à ses deux grands frères en salle des professeurs.

Par conséquent, si l'un ou l'une (ou le non-cis-genre) d'entre vous l'a vu ou emporté par mégarde, nous lui serions gré de nous en informer sans délai. Il n'est pas trop tard pour pouvoir plaider l'oubli involontaire, et bénéficier des circonstances atténuantes.


Alors que demain...





Bien cordialement,


--


Le secrétaire de direction

vendredi 6 octobre 2017

Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu. Encore et encore et encore.


Où l'on n'est pas drôle, faute d'avoir encore un peu d'énergie pour ça.





Le secrétaire de direction lance un regard fatigué à l'horloge murale suspendue à sa gauche.


16h45.
Allons bon. 


Il aurait juré qu'il était plus tard. Qu'il avait déjà levé la tête, trois heures plus tôt, dans cette même direction, et que l'horloge indiquait déjà 16h45.

Soudain, un doute l'étreint. Une angoisse existentielle se saisit de lui. N'avait-il pas déjà vécu ce moment ? Ne le vivait-il pas sans cesse, en boucle, jour après jour après jour ? A-t-il jamais vraiment quitté ce bureau où il passe les trois quarts de son temps à taper des lettres au hasard sur son clavier, ou a essayer de faire des figures acrobatiques sur sa chaise à roulettes dès que ses chefs regardent ailleurs ?


Il a le sentiment d'avoir un chez-lui, quelque part, ailleurs, mais les souvenirs qu'il en a sont si vagues... N'a-t-il pas tout imaginé, à force de rester là, immobile, vissé devant son poste, à rêver à toutes les vies imaginaires qu'il aurait pu avoir s'il était né Roi de France ou si il avait postulé, jadis, au casting de Loft Story.


Dépité, il jette un œil par la fenêtre mais la nuit est déjà tombée. Est-ce bien la nuit, d'ailleurs ? Cette obscurité d'un noir d'encre, uniforme et pourtant, un rien granuleuse, n'est-elle pas qu'une couche de peinture sur un mur  en trompe l’œil ?

Et s'il n'y avait pas de monde, à l'extérieur ?
Et s'il n'y avait pas d'extérieur ?
Et s'il n'y avait que ce clavier, et ce bureau, et cette chaise à roulette, et le semainier joint à ce message pour attester de son existence ?
Et si c'était justement ça, le monde, et rien de plus ?

Et s'il revivait cent fois la même journée (de la marmotte ?), encore, et encore, et encore, entrant dans le bureau à chaque fois qu'il croit en sortir, la tête peuplée de gens, de lieux, de vies qu'il s'est imaginé pour supporter le vide de ce quotidien insensé ?

Non, non, il refuse d'y croire.  Fébrile, se lève précipitamment. Trop. Ses genoux lui font mal au moment où il se redresse, comme s'il était resté assis pendant plusieurs milliers d'année, ou s'il avait trop forcé sur les bonbons Haribo (or les deux hypothèses se valent).


Un seul moyen de savoir. Un seul moyen d'être sûr.


Titubant comme s'il était ivre, il hésite quelques pas, grimace, s'avance vers la porte du bureau - laquelle semble reculer à mesure qu'il essaie de se rapprocher d'elle.

Un pas.

Un autre.
Et encore un.
Allez, courage, plus qu'un dernier.
Il y est presque.

S'écroulant à demi sur la poignée, il pèse dessus de tout son poids, puis tire la porte vers lui avec ses dernières forces.

Peu compréhensive, celle-ci résiste un peu, lâche un grincement désapprobateur, mais finit par s'ouvrir, bon gré mal gré.

Au-delà de l'encadrement : l'obscurité, encore. Cette même obscurité qui semble déborder presque, à la fenêtre. Cette obscurité sans étoiles, sans lune, sans filet de lumière pour éclairer sa route.


Un couloir, ou un cul-de-sac ?

Il est allé trop loin pour faire demi-tour, maintenant. Il faut qu'il sache. Absolument.


Prenant une grande inspiration, il ferme les yeux, s'avance encore, pose un pied à l'extérieur, puis le second. Laisse passer une minute, plus si sûr de vouloir savoir où il se trouve ni ce qui l'y attend.
Puis ose, enfin.

Lentement, ses paupières se soulèvent, ses yeux peinent à accommoder.


Tout d'abord, il ne comprend pas ce qu'il a devant lui. Il reste là, interdit, incrédule. Puis petit à petit, les formes trouvent un sens, et ce sens trouvent une raison d'être.


Déglutissant bruyamment, il s'avance encore, et découvre...





--




Le secrétaire de direction

Deux pour le prix d'un

Parce que même si on n'aime pas ça, des fois, la communication, ça oblige à communiquer.



05/10/2017 : ventilations de service à signer au secrétariat


A l'attention de l'ensemble des professeurs,




Bonjour à tous,




Vous les attendiez avec impatience !


Ils sont tout beaux, tout chauds, tout juste sortis du four de l'administration, ils sentent bon le papier et l'encre pour imprimante : vos ventilations de service sont enfin disponibles au secrétariat de direction, et elles sont fondantes à cœur.


Je vous invite donc à venir les signer avant qu'elles refroidissent.





Vous en remerciant par avance, et avec toutes mes excuses si je vous ai donné faim (mais en même temps, y'a pas beaucoup de risque, à l'heure où j'envoie ce message, vous sortez tous de table),



Bien cordialement,



--

Le secrétaire de direction.




06/10/2017 :  Je vais aller droit au but : reste dans ta cage.


Cher "gros", dit "cousin", dit "ça va la bes ?",



Je t'écris aujourd'hui en mode full caillera pour t'informer que zarma, sa mère, on a reçu tes cages de foot et elles déchirent tout grave, mais avec modération.

C'est dans un esprit de franche camaraderie que je t'invite à ramener ta carcasse au Crétariase de Rectiondi pour les choper à l'ancienne façon deux flics à miami.

ça aurait été trop de la balle si y'avait eu des ballons avec mais comme il n'y en a pas, c'est juste trop de la cage.



Bien weshialement,

--

Le secrétaire de direction



vendredi 29 septembre 2017

Pour survivre au semainier, il faut devenir le semainier

Où la semaine fut rude et riche en contrariétés (encore plus que d'habitude, je veux dire)...



Bon gré, mal gré, le doigt rampe douloureusement le long du clavier qui, au fil de la semaine, est devenu son enfer, son champ de bataille.


Blessé au côté par un tir d’agrafeuse inopiné, chaque lettre qu'il enfonce (à grand peine) lui arrache une grimace de souffrance. A bout de forces, il puise dans ce qui lui reste  de ressources pour rédiger cet ultime message de la semaine, dans lequel il se met en scène à la troisième personne - de la pudeur, sans doute, éventuellement un soupçon d'orgueil -, à quelques paragraphes de l'évanouissement.


Ses articulations lui font mal, il peine à se courber, et pourtant il ne renonce pas : il a un devoir à accomplir, il a des responsabilités. Sans lui, ce sont des dizaines de professeurs qui ne sauront pas ce qui les attend dans les sept jours à venir. Sans lui, ce serait l'anarchie. Le chaos. La fin du monde libre. Il pense à Auriculaire, Pouce, Majeur, ses frères d'armes tombés au champ d'honneur. Il pense à la brigade Main Gauche, dont il n'a plus de nouvelles depuis le blitz du "Message-d'Information-à-l'Ensemble-de-l'Equipe-Educative". Il pense à toutes les larmes versées, toute la sueur, et il se demande à quoi bon, mais il ne fléchit pas - ou tout juste ce qu'il faut pour taper ce message.

Il sait que quand la paix du week-end reviendra, il n'aura ni médaille, ni hourras. Il ne sera pas porté en triomphe. Il sait que la liesse sera pour les autres, et il la leur laisse de bon coeur.

Il n'aspire qu'au repos, ce soir.

Il s'imagine déjà dans le B22 modèle Clio qui le ramènera au ranch familial, et à combien il sera heureux de retrouver ses poules et ses vaches - et la jolie Becky, aussi, l'annulaire de la fille du puisatier, son premier et unique amour.

Il pourra alors goûter aux joies simples d'une retraite méritée ; et s'il apprend un jour qu'un professeur n'aura pas oublié son rendez-vous chez M le Chef d'Etablissement, ou que la vie scolaire n'a pas cherché vainement les 3ème1 vendredi matin, il pourra se dire que c'est un peu grâce à lui.

Porté par ces pensées réconfortantes, il rassemble toute son énergie, se prépare au baroud d'honneur, redouble d'efforts et frappe, caractère après caractère :

"Bon week-end à tous".

Voilà. ça, c'est fait.


Il y est presque.


Plus que sa signature à apposer au bas de ce message, ce bout de phrase dont il a fait son emblème, à force, et le calvaire sera fini pour lui, ce sera retour au bercail.


Aussi s'applique-t-il plus que jamais, inspire-t-il profondément (autant qu'un Index puisse inspirer) et inscrit-il le plus sincèrement du monde :


"Bien cordialement,"


--


Le secrétaire de direction

vendredi 22 septembre 2017

Le secréteur du Futur

Où l'on n'annonce jamais trop un premier exercice-incendie, et où c'est l'occasion de pasticher une web-série célèbre...



Stop !


Ecoute-moi bien, c'est important !

J'arrive du futur pour te dire : "surtout, ne ferme pas ce message avant d'avoir lu le semainier joint !"


Sinon, voilà ce qui va se passer :


Jeudi 28 septembre 2017, à 9h30, l'alarme incendie va sonner, mais comme tu n'étais pas au courant, tu vas croire que l'heure de la récré est arrivée plus tôt que prévu et tu vas libérer ta classe, ce qui te permettra de profiter d'une demi-heure de pause supplémentaire que tu passeras à jouer à Candy Crush sur ton portable - et tu battras même ton propre record !


Seulement voilà !


Comme ta classe ne trouvera personne ni dans la cour, ni à la vie scolaire (vu que nous serons tous parqués sur le plateau sportif), elle pensera que nous avons été enlevé par des extraterrestres, comme dans l'émission de Jean-Marc Morandini diffusée la veille sur le câble ("les mollusques de Ganymède, qui sont-ils, que veulent-ils, quels sont leurs réseaux ?"). Plutôt que de remonter dans ta salle, elle va donc se précipiter à l'intendance pour réquisitionner tout ce qu'elle trouvera de trombones et d'agrafeuses afin d'organiser la résistance, manquant d'entraîner un trou de plusieurs milliers d'euros dans le budget de l'établissement (mais heureusement, pas sur les crédits pédagogiques, ce qui te permettra de continuer d'acheter tranquillement des trucs sur LeBonCoin en les faisant passer pour du matériel d'enseignement).


Mais ce n'est pas tout !


Quand leurs camarades reviendront de l'exercice, tes élèves croiront qu'il s'agit de cyber-clones envoyés pour donner le change auprès de leurs familles (Morandini les avait bien mis en garde là-dessus), et ils lanceront une grande cagnotte Litchee sur internet pour financer leur contre-attaque. Cagnotte qui, moins d'un mois plus tard, va leur rapporter plusieurs centaines de millions d'euros (après avoir publiquement reçu le soutien inespéré de Paco Rabanne, des frères Bogdanov et de Jean-Marc Morandini lui-même).


Sauf qu'avec cet argent, plutôt que d'acheter l'usine Haribo pour se baigner dans les cuves de fraises Tagada (comme n'importe quel pré-ado censé le ferait), ils paieront des gens du CNRS pour créer ce qu'ils appelleront un "rayon plasmatique réfracteur de polarité", destiné à désactiver les robots humains sans nuire au reste de la population. Rayon qui verra le jour le 18 mars 2084 mais qui, dans les faits, ne sera bon qu'à transmuer les molécules d'eau plate en molécule de café torréfié Nescafé saveur Brésil Intense, ce qui mettra un terme tardif à leur mouvement de résistance mais les rendra encore plus riches !


Grâce à cette technologie révolutionnaire, ils deviendront les numéros 1 de la cafetière et remplaceront progressivement tous les anciens modèles par des appareils toujours plus sophistiqués et plus imposants, si bien qu'en 2122, leurs descendants inaugureront l'apogée de cette technologie, une machine de la taille du stade de France, capable d'alimenter tout le Nord du pays ainsi qu'une partie du Sud-Ouest. Malheureusement, un court-circuit dans le système principal provoquera une explosion telle qu'elle engloutira l'hexagone sous des tonnes de litres de café moulu pur arabica, sonnant le glas de la civilisation telle que nous la connaissons et marquant l'avènement d'une nouvelle humanité, respirant du café en poudre en lieu et place de l'oxygène de leurs ancêtres  !


Alors surtout, ne ferme pas ce message avant d'avoir lu le semainier joint, et les consignes qui vont de paire !


Je vais disparaître, c'est normal !



Mais pas sans te souhaiter d'abord un excellent week-end,

--


Le secréteur du futur de direction

Divers et contre tout.

 Où l'on a encore perdu du matériel...


Bonjour à tous,



On le sait bien, l'été est le temps des grandes migrations, les télécommandes retournent vers leurs terres natales pour nidifier, donnant bientôt naissance à plein de bébés télécommandes qui, à leur tour, serviront un jour dans une salle de classe ou sur le canapé d'un particulier.

Hélas, si toutes sont revenues depuis pour retrouver leurs territoires respectifs, on déplore l'absence de celle de la salle B21, qui n'a de toute évidence pas retrouvé le chemin du Collège.

Par conséquent, si l'un ou l'une d'entre vous a de ses nouvelles, ou sait où on peut la trouver, merci de m'en informer au secrétariat afin que je rassure les employés de la WWF (Hulk Hogan est très inquiet).


Vous en remerciant par avance,



Bien cordialement,

--

Le secrétaire de direction


*

 ...mais où on a retrouvé la convivialité. 


Bonjour à tous,


Parce que le travail, ce n'est pas que le travail (on m'aura compris) (enfin, j'espère), tous ceux qui voudraient se retrouver dans un cadre informel pour partager un temps de convivialité sont invités ce soir au bar Champagne et Bubulles, à partir de 18h30, pour y deviser de tout ce qui ne va pas dans ce monde et de ce que chacun a prévu pour ce week-end (liste non exhaustive).


Enfin, entendons-nous bien : quand je dis "sont invités", c'est une façon de parler, n'allez pas croire que vos consos seront réglées grâce aux crédits pédagogiques de l'établissement.


Ceux qui viennent en hélico pourront s'aider de cette vue satellite pour trouver un endroit où atterrir :

[randomliengooglesatellite]


Les autres n'auront qu'à laisser faire leur GPS : c'est à deux pas.



Avis aux amateurs, amateuses, amatrices et apparentés !


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Le secrétaire de direction