vendredi 23 juin 2017

Les fonctionnaires, c'est des planqués



 Où l'on ne peut pas être au four et au moulin, et à plus forte raison, en train de rédiger un courrier à l'ensemble des professeurs pour retrouver des hauts-parleurs, et un mot d'accompagnement pour le semainier.


A l'abri sous un porche de briques fendillées, le secrétaire de direction étouffe un juron, alors que l'averse s'abat à toute force sur le bitume fumant et lui éclabousse les chaussures. Loin de rafraichir l’atmosphère, elle l'enfle, l’empèse, l'appesantit jusqu'à lui donner une touffeur de jungle amazonienne. Huit heures maintenant qu'il planque devant la porte d'un suspect potentiel, et toujours aucune trace des haut-parleurs disparus... ha non, vraiment, ça ne sentait pas bon, et pas seulement à cause des ordures renversées au coin de la rue.


Jetant un oeil à sa montre fatiguée (mais pas autant que lui), il constate avec dépit qu'il va devoir facturer au client des dépassements horaires. Sans doute devrait-il rentrer chez lui, afin d'épargner à la dame une facture trop salée ? Ce ne serait pas une défection, alors, mais de la courtoisie ? Très bien, ça. Va pour la courtoisie.

De toute façon, l'enquête piétine au moins autant que lui.


Tout ce qu'il a pu obtenir de ses indics se résume au mystérieux document joint, dont le sens lui échappe encore : de toute évidence, celui-ci se rapporte à la semaine à venir, et à plusieurs affaires en cours - dont un mystérieux dossier intitulé "Brevet des Collèges".

Mais qui a pu l'éditer, et dans quel but ?

Sans l'appui de ses contacts au sein de l'organisme occulte appelé "éducation nationale", il n'avancera pas, il le sait.

Aussi leur confie-t-il présentement le bébé, si l'on peut dire, et leur souhaite-t-il un excellent week-end, avant de regagner sa deux chevaux brinquebalante et de s'en retourner vers son appart' du centre-ville,




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Le secrétaire de direction

Touchez pas au Hi-Fi

C'était une de ces journées étouffantes où l'air semble vous faire comme une seconde peau (le genre poisseuse et trop courte de deux tailles), et où l'univers semble se liquéfier devant vos yeux, pavé après pavé. Le genre de sale journée qu'on entame du pied gauche, sous la contrainte, et dont chaque minute écoulée vous invite à rentrer chez vous avant qu'une tuile ne vous cabosse le paletot. Le genre où vous n'avez même plus un vieux mégot à vous coller au coin des lèvres pour vous donner du coeur au ventre, où les ventilos sont en rade et où il n'y a plus une bibine au frais dans le frigo. Un "lundi", qu'on appelle ça, en langage de privé. Et fallait pas se fier aux calendriers : des lundis, ça pouvait tomber tous les jours.

Nerveux, je réajuste mon galurin et m'évente avec un vieux mouchoir trouvé au fond de ma poche.

Avais-je seulement le choix ? On m'avait engagé pour enquêter sur la disparition d'une paire de haut-parleurs au collège Jean Roucas, le type d'affaire "qu'on ne peut pas refuser", surtout quand on est au régime pâtes-croutons depuis un mois et qu'on doit de l'argent à Gros-Riton. De ces petits contrats qui n'ont l'air de rien mais qui vous colleront dans la mouise ad vitam nauseam - j'en aurais mis ma main à couper (et sans doute était-ce ce qui m'attendait si Gros-Riton perdait patience...). L'intuition, dans ma branche, c'est une question de survie - et j'en avais à revendre, faute de posséder quoi que ce soit d'autre. Faut dire, dès qu'elle a passé la porte de l'agence, mon sixième sens a tiré la sonnette d'alarme : ses larges lunettes noires à la Audrey Hepburn, ses cheveux relevés en chignon, son foulard en soie véritable et cet accent léger, chantant, si distingué... j'en avais déjà croisé pas mal, des comme elle, et ça n'avait jamais bien tourné pour mon matricule. J'en avais même été quitte pour une pension alimentaire, il y a quinze ans de ça... Mais encore n'était-ce rien, comparé au danger que j'allais courir et aux découvertes sordides qui m'attendaient.

Tout avait commencé comme une affaire de routine : les deux disparus avaient été aperçus pour la dernière fois l'après-midi du mardi 20 juin, en salle A16, sans que rien d'inhabituel dans leur comportement n'attire l'attention ni ne suscite de soupçons. Sauf que depuis, plus de nouvelles. Ils se sont comme volatilisés.

Il me revient subitement en mémoire plusieurs autres cas de disparitions similaires au cours des deux dernières années. Des cas non-élucidés à ce jour. Nombreux. Trop nombreux. ça cachait forcément quelque chose.

Malgré le mercure au zénith, un frisson me parcourt l'échine.

En mon for intérieur, j'espère que je me trompe. Que l'irréparable n'a pas été commis. Que le ravisseur ne les a pas encore revendus sur LeBonCoin. Qu'il aura des remords, et qu'il les rapportera sans délais où il les a trouvés. Ou au moins, qu'il m'informera de son forfait, afin que nous puissions trouver ensemble une issue heureuse pour tous les partis. Le temps est compté. Si la police le trouvait avant moi, qui sait comment les choses pourraient tourner ?

(en version courte : si vous avez emprunté les haut-parleurs de la salle A16, pourriez-vous les y rapporter au plus vite ? Le professeur qui les utilise en a grand besoin. A toutes fins utiles, quand vous empruntez du matériel dans une autre salle, pensez juste à laisser un petit mot à votre collègue pour le prévenir, ça évitera qu'il engage des gens comme moi pour vous retrouver, à un tarif horaire frisant l'indécence.


Vous en remerciant par avance,


Bien cordialement,).


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Dick Tracy

vendredi 16 juin 2017

Je peux pas j'ai piscine

 Où un "petit dessin" vaut plus qu'un grand discours.





(vous trouverez votre plan de navigation ci joint. Les sextants et les casques sont à retirer auprès du service Intendance. Pensez bien à remplir vos gourdes et à faire des provisions de viande séchée. Les citrons sont conseillés en cas de scorbut ou de grosse fatigue).


(Les week-end aussi, remarquez, mais plus en cas de grosses fatigues que de scorbut. Que le vôtre soit plaisant, alors, puisse-t-il vous donner la force d'accomplir votre périple jusqu'à son terme victorieux !)

(S'il ne suffit pas, il reste les oursons guimauve).


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Le secrétaire de direction

mercredi 14 juin 2017

Grande foire aux clés au secrétariat de direction !



Vous cherchez un cadeau original à offrir ou à VOUS offrir ?

Vous aimeriez un présent symbolique, qui dure plus que des chocolats ou des fleurs de saison ?

Vous avez oublié votre clé sur la porte de votre salle ou, par exemple, un banc ?

Ne cherchez plus !

Pour une modique somme en espèces remise de la main à la main en toute transparence sur le pont de Belleville à 5 heures du matin (merci d'actionner deux fois vos phares pour signaler votre présence), le secrétaire de Direction vous remettra l'objet de vos désirs, qui fera le bonheur des petits et des grands !


Attention ! Offre très limitée !

Dans la limite des stocks disponibles !

Premiers arrivés, premiers servis !

Photographie non contractuelle !

Peut contenir des traces de gluten et de fruits à coque !

Ne convient pas à un enfant de moins de 36 mois !




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Le secrétaire de direction

vendredi 9 juin 2017

Intérim riche

Où le nervous breakdown n'est pas loin, semble-t-il, mais où la honte ne nous étouffe pas. Quant aux scrupules...



Bonjoure à tous,



Le secretaire 2 direcsion il a dis ke cété le wiquainede et kil nallé pa passé 1 minute 2 + dan cet établissement de oufzor. 


Alors il ma dis dékrir 1 mot d'aconpagnement a sa plasse mé sa membaite paske il ma pa dis quelle mot je devé ékrir et jen conné pas beaucout. 


Est-ce ke antikonstitussionailemant sa iré ?


Jen profites pour passé le bonjoure a tous mé profaisseurs et leur dir ke gé pa beaucoup travaillé cet ané mé ke ca va changé a la rentré si mé parant il machaite une pléstéchione 4. Du coup, si vous pouvé majouté discraitemant 2 point a chake moillenne, sa méderé beaucout é je vous ékriré 1 LONT mêle de remersiment.





Vous souétant 1 trés bon wiquainede (je sé pas tro si sa sékri kom sa lol).
Bi1 quordialemant,





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Kévin, 3ème12

(P.S. : il y a peut-aitre des faute. Si oui, eskuzé moi, je promé ke je n'en feré plus l'anné prochaine !) 
 
(mé seulemant si jé ma pléstéchione 4 !).

vendredi 2 juin 2017

Je ne suis pas un Numen


 Où l'on s'apprête à apprécier le dernier week-end de trois jours d'une longue série, avant d'entamer une lente et laborieuse traversée du désert jusqu'à juillet, en mode "nervous breakdown".




Non, n'insistez pas, n'en jetez plus (ou alors uniquement dans les poubelles de recyclage, parce que je ne sais pas si vous avez lu les dernières nouvelles, mais depuis hier soir, la planète est encore un peu plus mal barrée qu'elle ne l'était la veille, ce qui n'est pas peu dire. Bientôt, l'ours polaire sera une espèce endémique aux régions tropicales).


La coupe est pleine, les dés sont jetés. J'ai franchi le Rubicon de l'indignation, ma colère flotte mais ne coule pas, toi aussi, mon fils, ma bataille, fallait pas qu'elle s'en aille !


On ne le croirait peut-être pas, comme ça, à me voir tout pataud, avec mon air benêt et mes lunettes de premier de la classe, mais je suis un rebelle.


Carrément.


Antisocial je perds mon sang froid, surtout par ces températures !

Alors d'accord, aux yeux de celles d'entre vous qui ont connu la série du même nom (avec Lorenzo Lamas torse nu dans le rôle-titre), la comparaison n'est pas à mon avantage, j'en ai conscience. Mais bon, ça va, oh, c'est quoi ces clichés superficiels ? Moi aussi, j'ai une Harley. Enfin, quand je dis une Harley... c'est plutôt une sorte de moto, hein... mais sans roues... ni moteur, d'ailleurs. Un vélo d'appartement, oui, voilà, c'est ça le terme, merci. Une Harley d'appartement, donc.


C'est sûr que pour les cheveux au vent, ça le fait moyen, mais bon. Pour qu'il y ait cheveux au vent, encore faut-il qu'il y ait cheveux. Du coup, je ne suis pas lésé.

Tout ça pour crier haut et fort, tel le William Wallace de l'Administration Française (dans sa version lyophilisée sans sucre) : "ils m'ont peut-être eu au bureau toute cette semaine, oui, mais ils n'auront pas... MON LUNDI 5 JUIN !".


Et ouais. Je suis peut-être aux mauvais garçons ce que Gros Minet est aux tigres à dents de sabre, mais je suis comme ça, moi. Je me bats pour mes convictions !


Même pas peur. La société ne m'achètera pas et elle le sait (la preuve : elle n'essaie même pas ! Mes fiches de paie le prouvent objectivement !).


Alors voilà, pendant que vous, vous suivrez aveuglément les directives occultes des Agents du Grand Capital, tant pis si ça me fait sauter une journée de salaire (dix euros environs), moi, je serais EN GRÊVE.


Je crains rien. J'suis un fou.


Je suis Rocky 4, moi.

Rambo 3 !

Jean-Paul 2 !

Jean-Pierre Pape 1 !


Pendant que vous serez tous au travail, dans les chaînes, à soupirer, grogner, maudire votre sort ingrat, esclaves de vos allégeances professionnelles, moi, je testerai la thermodynamique des doigts de pieds en éventail (pour le bien des générations futures en général, et le mien en particulier).

Vous verrez sans doute en moi un héros. Un modèle, à coup sûr. Celui que vous n'osez pas être, mais que vous aspirez à devenir, ces soirs d'amertumes où vous vous imaginez, lancés à toute berzingue sur un vélo d'appartement d'occasion, avec au vent quelques touffes de ce qui fut jadis une abondante chevelure, tandis que vous pédalez à toute force devant "Recherche Appartement" pour essayer de perdre 20 kilocalories (que vous reprendrez tout de suite après en vous jetant sur les chips dans le placard).

Mais sachez-le, je ne suis pas exceptionnel.


Enfin si, un peu, je ne vais pas vous mentir non plus ni vous donner de faux espoirs...

Mais si vraiment, tout au fond de votre coeur, c'est ce que vous souhaitez, vous pouvez vous aussi devenir un authentique rebelle.


Dans l'attente : bon week-end de deux jours à tous (sauf moi) !

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Le secrétaire de direction

mercredi 24 mai 2017

Les tortues, c'est pas des flèches.

Où l'on termine la semaine un mercredi à midi et où c'est encore trop ! 




En plus de me prodiguer de précieux conseils pour lutter contre ma nervosité (tel que "respirez par les pieds") et de me coller généreusement 4/20 à chaque contrôle, ma prof de Mathématiques de 3ème aimait à répéter cette formule sibylline : "moins qu't'avances plus vite, plus qu't'avances moins vite" (comme quoi j'ai au moins retenu une chose de son enseignement, même si a priori, ce n'était pas la bonne, et si je ne suis pas sûr d'en avoir compris le sens véritable).

Je ne sais pas pour vous mais c'est l'impression que m'a laissé cette demi-semaine : celle d'un étirement significatif du temps, un peu comme ce qu'on ressent les soirs d'Eurovision, dans la salle d'attente d'un dentiste ou quand on décortique la dernière circulaire rectorale à la mode - à la manière des mirages d'oasis des albums de Tintin : un pas en avant, deux pas en arrière.


Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, j'y ai lu une réécriture moderne du paradoxe de Zénon, qui veut qu'avant que l'objet en mouvement (nous) ne puisse atteindre sa destination (le mercredi midi), il doive d'abord atteindre la moitié de la durée qui le sépare de celui-ci, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié de cette moitié, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié de cette moitié de cette moitié, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Ce qui implique que selon lui, nous n'aurions jamais dû pouvoir atteindre ce mercredi midi.

Or nous y sommes.

C'est dire la chance que nous avons, et à quel point les lois de la physique nous ont à la bonne.

Tenez-vous le pour dit : si vous en êtes ou vous en êtes, c'est grâce à elles. Sauf, évidemment, si vous êtes un chat enfermé dans une boîte hermétique mais comme les probabilités sont minces, c'est une autre histoire - que nous aborderons une autre fois.


Dans l'attente, ce mot d'accompagnement devrait suffire puisque pour arriver au bout, vous devrez d'abord en lire la moitié. Mais pour en lire la moitié, vous devrez d'abord en lire le quart. Et pour en lire le quart, vous devrez d'abord en lire le huitième. Et pour en lire le huitième, vous devrez d'abord en lire le seizième. Et pour en lire le seizième, il faudra d'abord en lire le trente-deuxième (tout ça pour vous prouver que je méritais plus de 4/20 : rendez-vous compte, j'arrive à multiplier par deux de tête ! Alors ? C'est qui, le boss ?).

Si long que soit le week-end, ça devrait vous occuper jusqu'à son terme - et pour l'éternité au-delà (selon le principe du "qui peut le plus peut le moins". Ou, en langage de professeur de Mathématiques de 3ème : "Plus que tu peux le moins, moins que tu peux le plus" - et vice versa).


Comment ça, "non" ?


Comment ça, "vous êtes arrivé au bout ?"



Comment ça, "heureusement" ?


Zénon, viens voir un peu par là, s'te plaît, j'ai deux mots à te dire...



Vous souhaitant un très long week-end,


Bien cordialement,


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Le secrétariat de Direction



[Et pour celles et ceux - très hypothétiques - qui se demanderaient où sont passés les mots des deux semaines passées, on va dire qu'ils étaient trop... synthétiques, oui, voilà, disons ça... pour mériter des posts à part entière. La preuve par deux :


- Semaine du 15 au 19 mai :



Vous savez ce qu'on dit :

"Semainier pluvieux, semainier paresseux".


Utilisant les ultimes forces qui subsistent dans mes petits doigts fourbus pour vous souhaiter un excellent week-end,


Bien cordialement,

--




Le secrétariat de direction






- Semaine (de deux jours et demi) du 22 au 26 mai :



S'il y a bien un planning qui mérite l'épithète de semainier "à la petite semaine", c'est celui que vous trouverez ci-joint.

Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle car il en va des semaines de travail comme des plaisanteries : les plus courtes sont les meilleures.

En va-t-il de même pour les mots d'accompagnement du semainier ?

Nous vous laissons juges.



Vous souhaitant un excellent week-end riquiqui de SEULEMENT deux jours,


Bien cordialement,

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Le secrétariat de direction].